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Prix de gros, prix public : comment s'y retrouver... et comment déterminer son prix de gros.

, 11:31 - Lien permanent

Ce billet s'adresse aux groupes qui s'auto-produisent et qui voudraient bien que leur album soit dispo sur le site de LaDistroy.. (et aussi aux micro-labels qui s'imaginent qu'un prix public c'est le prix de fabrication divisé par le nombre d'album ("ne paye pas ce disque plus de six euros sinon tu te fais baiser un gros capitaliste de merde et vous irez tous les deux en enfeeer")).
Le prix du disque c'est ... compliqué. Mais vous allez voir ça se simplifie très vite dans la grande majorité des cas de ceux qui vont être amenés à lire ce billet.


Et donc.
Ce billet s'adresse aux groupes qui se retrouvent avec une cargaison de skeuds et qui aimeraient bien se retrouver au catalogue de LaDistroy. Reprenons, si vous voulez être au catalogue LaDistroy, hormis quelques banalités relative à la ligne éditoriale du lieu (pas de faf, pas de sexisme, pas d'homophobie, la possibilité de vous joindre par mail, cad en dehors des gafam), il vous est demandé de fournir un fucking prix de gros (ou prix distro, ou wholesale price) (bref le prix que vous allez faire à votre distro ou disquaire chéri adoré, qui lui le vendra à un prix public). Parce que c'est votre job de me fournir votre fucking prix de gros.
Comme l'expérience le montre, bon nombre de groupes ne savent pas trop trop comment ça fonctionne, ce billet est là pour clarifier les choses.

Quand un groupe se lance la prod d'un album, il va devoir passer par plusieurs étapes :
- écrire de belles chansons.
- faire le graphisme et éventuellement le livret.
- Passer en studio pour les enregistrer
- les mixer, les masteriser.
- Sortir le disque en usine
- Ecouler son stock le disques, soit par la vente directe sur son stand de merch (ou par internet), soit par des échanges avec d'autres groupes/labels (mais ils faudra vendre les albums que vous avez reçu en échange donc retour à la case "vente directe"),  soit à des distro/disquaires.

Parenthèse : dans tous cet écosystème, il n'y a qu'un seul voleur réel, c'est le patron de l'usine de disque (encore que récemment de petites structures ont vu le jour, mais le prix est encore assez prohibitif). Les usines sont de grosses structures industrielles classiques qui répondent à la définition brute du capitalisme : un patron qui possède l'outil de travail et qui réalise sa plus-value sur le dos des travailleurs prolétaires (qui ne possèdent que leur force de travail). Les autres acteurs de la liste, quand ils ne bossent pas bénévolement (ce qui permet de faire des disques à pas cher), n'exploitent personne en vous vendant leurs services (certes je ne connais pas les gros studios d'enregistrement, ceux que je connais n'exploitent pas grand monde à part eux-mêmes). En gros, pour simplifier le Kapitalisme c'est le commerce plus la hiérarchie. Fin de la parenthèse.

Le groupe écoulera la plus grosse partie en vente directe sur son stand. C'est une réalité générale ; il ya des cas particuliers, certes, mais c'est pas le sujet. Un groupe qui ne tourne pas, ne vendra pas. Et personne n'écoulera votre stock pour vous si vous restez à la maison.
Ceci étant posé, passons au coeur du sujet.
Tu as fait fabriquer 300 vinyles pour 1200 boules. Ton prix de fab brut c'est donc 4€ par skeud. C'est souvent celui-là qu'on t'exhibe sous le nez pour te dire combien ça coûte "vraiment" un disque. Ahah.
T'as payé lea graphiste 200 boules, t'en a eu pour 2000 boules de studio et de mix (tout ça c'est à la louche, là encore, en fonction du copinage, de la période de l'année, du studio, tout varie du simple au quadruple sans que pour autant personne ne vole personne, ce n'est pas parce qu'on a pas de "bon plan" qu'on se fait forcément baiser la gueule). Bref, la somme cumulée, 3400 balles divisée par le nombre de skeud, 300, te fait clairement dire que jamais tu ne rentreras dans tes frais, et que les co-prods sont forcément déficitaires pour une partie (même s'il n'y a qu'un label, ça reste une co-prod entre le label et le groupe) (le groupe qui avance ses frais, de studio, de mix, etc, fait automatiquement partie de la co-prod).
Je ne rentre pas dans les détails, c'est hors-sujet ici.

Donc maintenant que tu as pigé que tu ne décideras pas du prix de vente de ton album en fonction du prix de prod (il te faudrait vendre ton album à plus de 15 €, et soyons honnête si tu étais en mesure de vendre un album à quinze euros, tu ne serais probablement pas en train de lire ces lignes mais plutôt en train de négocier tes royalties avec ton agent), il te faut plutôt décider de combien tu veux le vendre, c'est à dire qu'il te faut décider de son prix public. 8€, 10€, 12€... En général on se retrouve avec des CD à 10€ et des LP à 12€.

T'as le prix public, c'est bien beau, mais quid du prix de gros ?
Le prix de gros, c'est le prix auquel tu vas vendre ton album aux disquaires/distros... D'un point de vue vocabulaire ton groupe devient le "grossiste" et le disquaire devient le "détaillant". Tu décides alors du prix de gros, et le disquaire décide du prix public. Et non tu ne peux pas décider du prix de gros ET du prix public. Tu décides du prix public sur ton stand, et le disquaire décide de son prix public dans son échoppe. Contrairement au circuit du livre, il n'y a pas deprix public imposé.
C'est pourquoi il est important de se poser la question AVANT d'aller voir un disquaire et de lui proposer ton album en dépot. Quel est ton prix public sur stand ? Et quel est ton prix de gros ? Ce prix de gros va déterminer le prix que vont payer tes fans quand ils vont aller l'acheter dans l'échoppe en question... ou sur LaDistroy.

Bon alors comment qu'on fait ?
En fait pour rendre les choses plus limpides, on va se baser sur le circuit du livre, qui fonctionne à l'inverse du circuit classique. Dans le modèle économique du livre, c'est le prix public qui est fixé, et l'éditeur fait automatiquement une "remise libraire". Il n'y a pas de prix de gros à proprement parler, mais un prix public avec un remise. Le schéma suivant et l'explication associée viennent du billet "le prix du livre", sur le blog "Les Crises".
 

prix du livre

 

prix du livre

 

Son principe est simple :

  • l’éditeur fixe le prix de vente du livre
  • il accorde un rabais au libraire (de l’ordre de 35 %) au moment de la vente
  • le libraire doit vendre au prix éditeur – il a toutefois la possibilité de baisser le prix public de 5 % (et 9 % pour les collectivités publiques)

Cette loi a clairement permis de préserver un vaste réseau de librairies – c’est pourquoi elle a largement été copiée dans le monde.

Pour ceux qui trouverait (il y'en a) que 35% c'est abuser, cet autre billet, extrait d'un cours universitaire, précise :

"Au final, selon l’enquête sur la Situation économique de la librairie indépendante, diffusée en 2007, le bénéfice final de la librairie atteindrait 1,4 % du chiffre d’affaire, ce qui est très éloigné des % à deux chiffres demandés par les marchés financiers et que les grands groupes éditoriaux dépendants de ces marchés se doivent progressivement d’atteindre !"

Voilà ça c'était pour calmer les ardeurs de celleux qui ont tendance à dégainer l'insulte diffamatoire un peu trop rapidement.
Donc vous pouvez vous baser sur cette répartition pour calculer votre prix de gros, en remplaçant le mot "libraire" par "disquaire".

Avec toutefois deux séries de remarques notables sur la différence libraire/disquaire :
1. Les libraires fonctionnent en dépot. Quand ils ne vendent pas le stock, ils le retournent. Quand ils font de l'achat ferme, la remise est plutôt de 40%
2. La TVA du disque est de 20%. Si vous vendez votre album à un disquaire qui est soumis à la TVA, il comptera la marge disquaire plus la TVA.

Un peu de math, maintenant. Et hop, on pose :
PG = Prix de Gros
PP = Prix public

Pour un disquaire non soumis à la TVA (comme LaDistroy)
PG = PP - 0,35xPP
PG = PP x 0,65

Et donc, côté disquaire, cela donne
PP = PG/0,65
 
On adapte évidemment en fonction du support... si c'est du vinyle ou si c'est du CD, vu que le prix de fabrication est très différent, on hésitera pas à raboter la marge sur du vinyle en soutien au groupe. Pour le CD par contre...

(Parenthèse TVA)
LaDistroy n'est pas soumis à la TVA, mais si vous allez voir un disquaire, il sera y sera probablement soumis. Et là le calcul est un peu différent et le résultat est carrément pas le même.
La TVA, c'est un impot direct (donc injuste) prélevé par l'état pour toutes les ventes. A 5% pour le livre, c'est quasi indolore, à 20% sur le disque, ça pique.
PPdisquaire = PG/0,65 + (20/100 x PG/0,65)
PPdisquaire = PG/0,65 x (1+20%)
PPdisquaire = PG/0,65 x 1,2

Autrement dit, tu lui fais ton disque à 7€ et il se retrouve 13€ en prix public. Le disquaire qui vend ton disque à 13€ se fait autant de marge que la distro qui le fait à 10€ sur son stand (et pour peu que cette distro vende ton skeud qu'elle aura eu par un échange de skeud, cad au prix de prod, alors sa marge est encore plus grande) (c'est une autre histoire).
Ca c'est encore pour calmer les ardeurs de celleux qui ont tendance à dégainer l'insulte diffamatoire un peu trop rapidement. Ca arrive vite dès qu'on parle de thune dans ce milieu.
(Fin de la parenthèse TVA).


In fine, quel que soit le PG c'est LaDistroy qui décide du Prix Public affiché sur son catalogue, mais disons qu'à titre informatif voilà ce que ça donne. La marge de manoeuvre réside dans le support, vinyle ou CD, dans la notoriété du groupe, et dans diverses affinités (on est pas des machines).
 

PG PP
6€ 8€-10€
7€ 10€-11€
8€ 12€



Au delà de 8€ de PG ça s'étudie au cas par cas, mais la proportionnalité reste la même...

Et les frais de port, on en parle ?

Oui on va en parler. Parce que c'est la plaie. Les frais de port peuvent être considérés comme pas très important du CD, en revanche sur du vinyle c'est la cata. C'est simple, un vinyle c'est 230g env, 10 vinyle c'est plus de 2kg, c'est quasi 14€ par la poste. En sachant qu'un emballage de vinyle c'est (super) lourd, on est vite coincé. Il faut compter entre 1€ et 1.5€ de plus par vinyle quand il transite par la poste.
Ton vinyle que tu vends 7€, tu comprends bien que selon que tu fais les frais port gratos ou que tu le fais payer au disquaire, le prix de gros "réel" payé par le disquaire ne va pas être le même !
A l'heure actuelle, ce qui semble le plus raisonnable, c'est soit de faire les frais de port gratos pour maintenir un Prix de Gros réel équivalent au Prix de Gros souhaité. Soit de faire du moitié/moitié qui rend la douloureuse moins pénible.
Il existe des solutions de transport concurrentes (à LaDistroy on propose Mondial Relay) à envisager parce que malgré toutes la clémence que l'on peut avoir envers un service public comme LaPoste, la politique tarifaire de ce dernier en fait quasiment un service de luxe passé les deux kilos de marchandise.

 

Vous avez désormais toutes les billes en main pour décider des prix de votre skeud.














 
 

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